michèle caranove

“Comme une petite mélodie obsédante,
la musique des formes m’emporte.
Un pas en avant, un pas sur le côté.
La grande glissade d’une ligne bien droite, une courbe qu’il s’agit de négocier.
Nous commençons à danser. Le crayon tout d’abord en guise d’introduction,
puis les couleurs comme autant de couplets à agencer.
Le rythme s’accélère.
Des lignes de force naissent petit à petit et se prolongent,
se rejoignant les unes les autres en évidente harmonie.
Elles me prennent par le bras et m’entraînent. Nous virevoltons ensemble.
Alors s’ouvre un autre monde où cette musique m’envahit
jusqu’à m’absorber complètement.”

Le réel comme point de départ.
Un corps ou deux ou davantage que je m’applique à représenter.
Des lignes, des volumes, alors un dessin apparaît,
je prends plaisir à le destructurer en autant de directions, de mouvements, simples ou enchevétrés,
de matières ou à plats de couleurs.
Auparavant purement formelle,
la démarche prend un tour différent aujourd’hui.
Le besoin de transmettre un message, d’interpeler se fait de plus en plus présent.
Abstractions, signes, symboles ajoutés sous forme de toiles marouflées sur le support originel
sont autant de phrases empilées, données à lire en une poésie parfois lyrique
mais toujours construite.
Les lignes de forces autrefois échappant à toute volonté sont désormais réfléchies, composées
et servent le discours graphique.
Un seul but, une seule manoeuvre :
construire et imaginer un autre espace, ma propre écriture poétique,
loin du réel et hors du temps.